Le Père Goriot est un roman à thèmes multiples. Balzac y aborde simultanément la paternité, l'argent, l'ambition, l'amour, la corruption sociale. Comprendre ces thèmes, c'est comprendre la critique balzacienne de la société française. Le roman est à la fois un drame familial intime et une grande fresque collective.
Le thème central annoncé par le titre. Le roman raconte une paternité tragique : Goriot a fait de l'amour pour ses filles une passion absolue, qui finit par le détruire.
Le roman pose une question complexe : peut-on aimer trop ? Goriot est-il un saint ou un fou ?
Lecture 1 : Goriot est une victime héroïque. Il aime sans calcul, ses filles sont monstrueuses. Le mal est dans la société.
Lecture 2 : Goriot est responsable de sa propre catastrophe. Il a gâté ses filles, leur a appris l'égoïsme en leur donnant tout. Sa passion est elle-même une faute.
Balzac laisse les deux lectures ouvertes. C'est ce qui fait la profondeur du roman.
L'argent est partout dans le roman. Balzac est probablement le premier romancier à avoir vu que l'argent est devenu la véritable force motrice de la société moderne. Il chiffre tout dans son roman : revenus, dots, dettes, prix.
Goriot est éloigné de ses filles parce qu'il n'a plus la fortune qui justifiait sa fréquentation
Anastasie vole les diamants. Delphine reste avec Nucingen pour son argent
Vautrin propose un crime pour l'héritage Taillefer
Rastignac voit que sans argent, il ne sera rien à Paris
Pour Balzac, la société de la Restauration est une société-marché où tout se vend et s'achète :
• Les titres de noblesse (par les bourgeois enrichis)
• Les mariages (calculés selon les dots)
• Les amours (Maxime de Trailles vit aux crochets de ses maîtresses)
• Les vies (Vautrin propose le meurtre comme transaction)
• Les relations familiales (Goriot achète l'affection de ses filles avec des cadeaux)
Le sentiment lui-même est devenu une marchandise. C'est cela que Balzac dénonce : une société où l'argent a tout remplacé.
Le second grand thème, parallèle à celui de la paternité, est l'apprentissage de Rastignac. C'est l'histoire d'une corruption en accéléré.
Ce qui est génial chez Balzac, c'est qu'il ne fait pas de Rastignac un méchant simple. Rastignac résiste, hésite, refuse Vautrin, pleure Goriot. Mais il apprend. À chaque épreuve, il perd un peu de sa morale. La corruption se fait par paliers, presque imperceptiblement.
C'est ce que Balzac veut montrer : la société est si dure que même les âmes nobles s'y corrompent. Pas par méchanceté, mais par nécessité. Pour survivre, il faut « jouer le jeu ». Et celui qui joue change.
Paris est presque un personnage du roman. Balzac la peint comme une jungle féroce où il faut être prédateur ou proie. La ville est à la fois magnifique et corrompue.
Vautrin compare Paris à une mer où il faut « plonger profond ». Balzac compare la société à un champ de bataille. La métaphore récurrente est celle de la dévoration : il faut manger ou être mangé.
Cette vision noire de Paris fera la fortune littéraire de la ville. Hugo (Les Misérables), Zola (Nana, L'Assommoir) reprendront cette image. Paris devient un mythe littéraire : la ville comme monstre dévorateur.
Cette dimension sociologique est essentielle : Balzac ne raconte pas seulement des histoires individuelles, il analyse une société. Il a inspiré Karl Marx qui le considérait comme un sociologue plus précis que beaucoup de théoriciens.
L'amour est partout dans le roman mais sous des formes très diverses. Balzac montre que ce mot recouvre des réalités très différentes, parfois opposées.
Goriot pour ses filles — sublime mais aveugle, et finalement destructeur
Anastasie et Delphine pour leur père — étouffé par l'ambition sociale
Rastignac pour Delphine — sincère mais aussi calculateur
Anastasie pour Maxime de Trailles — passion ruineuse, donjuanesque
Mme de Beauséant pour son amant infidèle — souffrance silencieuse
Vautrin pour Rastignac — mélange d'admiration, paternité, peut-être homosexualité
Le roman montre que tous les amours sont en échec :
• Goriot meurt seul, sans ses filles.
• Anastasie est trahie par Maxime de Trailles.
• Mme de Beauséant est abandonnée et fuit Paris.
• Delphine reste avec un mari qu'elle n'aime pas.
• Rastignac choisira l'ambition au lieu de l'amour vrai.
Dans cette société, l'amour est piégé par l'argent et le calcul. C'est une thèse sombre : il n'y a plus place pour l'amour pur dans le monde moderne.
Le roman culmine sur la mort de Goriot — l'une des pages les plus émouvantes de la littérature française. Cette mort résume tout le roman.
❶ L'abandon des filles est une preuve par neuf de la corruption sociale. Même les liens du sang ne tiennent plus.
❷ L'enterrement misérable (4ᵉ classe, sans cierges, sans messe) souligne la valeur réelle de Goriot dans cette société : nulle. Il est mort comme il a vécu : sans considération.
❸ Les voitures vides envoyées par les gendres Restaud et Nucingen sont l'image symbolique du vide affectif de cette société. Les apparences sans le contenu.
❹ Rastignac et Bianchon paient l'enterrement avec leur argent d'étudiants. Geste d'humanité résiduelle. Mais Rastignac, en sortant du cimetière, a compris la leçon : il ne se laissera pas faire comme Goriot.
La fin « À nous deux maintenant ! » est l'aboutissement logique. Rastignac a vu mourir l'amour pur. Il en tire la conclusion : celui qui aime sincèrement perd. Donc il faut être stratège. La mort de Goriot tue aussi l'innocence de Rastignac.
Goriot, le « Christ de la paternité ». Passion absolue qui détruit. Question morale : peut-on aimer trop ? Balzac laisse ouverte.
Le grand thème balzacien. Tout se vend dans la société de la Restauration : titres, mariages, amours, sentiments. La société-marché.
Apprentissage de Rastignac : du provincial honnête à l'arriviste cynique. La société force la corruption. « À nous deux maintenant ! »
Paris comme jungle, comme mer, comme champ de bataille. Manger ou être mangé. Vision sociologique précise et précurseur.
Aucune forme d'amour ne triomphe : paternel (Goriot meurt), filial (les filles trahissent), romantique (Rastignac calcule), mondain (toutes trahies). L'amour est piégé par l'argent.
Goriot meurt seul, abandonné. Voitures vides aux funérailles. Rastignac tire la leçon et choisit l'ambition. L'innocence est morte avec Goriot.
Pour la production écrite, les sujets de réflexion liés au Père Goriot portent souvent sur :
❶ L'argent et le bonheur — l'argent fait-il le bonheur ?
❷ L'ambition — l'ambition est-elle un défaut ou une qualité ?
❸ La famille — les liens familiaux résistent-ils au temps et à l'argent ?
❹ L'amour parental — peut-on trop aimer ses enfants ?
❺ La société moderne — la société moderne corrompt-elle les individus ?
❻ La ville — la grande ville est-elle un lieu d'épanouissement ou de perdition ?
Stratégie : dans votre devoir, citez le roman comme exemple. Phrase-type : « Balzac le montre dans Le Père Goriot : [exemple précis] ».
Citations à mémoriser :
❶ « Mes filles ! Mes filles ! » (Goriot, leitmotiv)
❷ « À nous deux maintenant ! » (Rastignac, dernière phrase)
❸ « Le Christ de la paternité » (formule de Balzac sur Goriot)
❹ « Plus vous serez froid à calcul, plus vous irez loin » (Mme de Beauséant à Rastignac)
❺ « La fortune est la vertu » (idée de Vautrin sur la société)
Vocabulaire utile : roman réaliste, peinture de mœurs, fresque sociale, drame familial, roman d'apprentissage, ambition, corruption, ascension sociale, déchéance, paternité-passion, société de marché.