Mohammed Khaïr-Eddine — Roman (2002) — Le dialogue sur les mariages fastueux des riches — Durée : 2 heures — Note : 20 points
Le Vieux loua Dieu pour ses bienfaits et ajouta : « Le printemps prochain sera agité. Il y aura encore des mariages. Les riches viendront se marier avec des filles riches. On ne verra plus que des autos de luxe, des hommes et des femmes bardés d'or. Les pauvres seront exclus de ces fêtes. Mais, au fait, n'as-tu pas remarqué quelque chose de nouveau dans le village ? — Quoi donc ? demanda-t-elle. — Hé ! Ça saute aux yeux ! Tout le monde plaint les filles pauvres. Elles ne se marient plus. Personne ne veut d'elles. Elles finiront vieilles filles. […] Leur lot ? Les travaux pénibles et rien d'autre. Que Dieu maudisse la pauvreté ! »
« C'est bien triste, dit la vieille. Il y a en effet des filles de trente ans qui se morfondent dans leur désespoir. Elles ne rêvent plus comme à dix-sept ans d'un beau jeune homme mais d'un vieux veuf qui pourrait les sortir de là… » […] Le Vieux reprit : « L'année dernière, à la floraison des amandiers, il y a eu ce fameux mariage dont tout le monde parle encore. On y a mangé vingt mille poulets, deux cents moutons et cinquante pièces de bœufs — et je ne compte pas le reste. On a dépensé des centaines de millions en quelques jours. Des camions frigorifiques apportaient de Casablanca les victuailles. C'était le luxe partout. Personne ici n'était invité sauf moi. Va savoir ce qui leur a pris ! J'étais profondément choqué. Est-ce que tu sais ce que représente un million ? — Non, dit la vieille. »
Le Vieux sortit de son portefeuille un billet de cinquante dirhams. Il le montra à sa femme : « Tu sais combien c'est ? — Mille rials, dit-elle sans hésiter. — Eh bien, un million, c'est deux cents fois ce billet ! Pour ce mariage, ils en ont dépensé des milliers et des milliers. — C'est qu'ils en ont beaucoup. — Ils en ont même de trop, à mon goût. C'est une honte ! Ce sont des choses que Dieu réprouve. »
Bardés d'or : qui portent tant de bijoux en or. — Se morfondre : s'ennuyer en attendant. — Les victuailles : les provisions de bouche, les aliments.
— Mohammed Khaïr-Eddine, Il était une fois un vieux couple heureux (2002)
CORRIGÉ
a) Le titre de l'œuvre est : Il était une fois un vieux couple heureux.
b) Elle appartient au genre du roman (récit autobiographique et poétique, ancré dans le réalisme social).
CORRIGÉ
| Élément | Réponse |
|---|---|
| a) Le personnage qui parle | Bouchaïb (le Vieux) |
| b) Le personnage à qui il parle | Sa femme (la vieille) |
| c) Le sujet de leur conversation | Les mariages fastueux des riches et l'exclusion des pauvres (la richesse, le gaspillage) |
| d) Le lieu où ils se trouvent | Dans leur maison, au village (dans le petit salon / sur la terrasse) |
CORRIGÉ
Le fait nouveau que constate Bouchaïb est que les filles pauvres ne se marient plus : personne ne veut d'elles et elles risquent de finir vieilles filles, condamnées aux travaux pénibles.
Désormais, les riches n'épousent que les riches, ce qui exclut totalement les filles pauvres du mariage.
CORRIGÉ
a) La réaction de Bouchaïb se lit dans son indignation :
b) La vieille, elle, éprouve de la tristesse (de la compassion, de la pitié) pour ces filles :
— Un insecte pique le vieux dans les yeux. — Le vieux n'arrive pas à ouvrir les yeux. — C'est un fait facile à remarquer.
CORRIGÉ
a) La bonne réponse est : « C'est un fait facile à remarquer. »
L'expression « ça saute aux yeux » est une expression imagée qui signifie : cela se voit immédiatement, c'est évident.
b) Cette phrase appartient au niveau de langue familier (emploi de « Ça » au lieu de « Cela », tournure orale).
CORRIGÉ
a) La proposition est fausse : ce mariage était au contraire d'un luxe extravagant.
b) L'hyperbole (exagération) qui le prouve :
On peut aussi citer : « On a dépensé des centaines de millions en quelques jours » ou « Des camions frigorifiques apportaient de Casablanca les victuailles ». Ces chiffres énormes amplifient la démesure du festin.
CORRIGÉ
Bouchaïb est choqué par le gaspillage et la démesure de ces nouveaux riches. Dépenser des fortunes en une seule fête, alors que tant de gens vivent dans la misère, lui paraît à la fois indécent et immoral. Pour lui, c'est même une faute religieuse :
Ce luxe ostentatoire heurte ses valeurs de sobriété, de partage et de modestie, et souligne l'injustice sociale (les pauvres étant exclus de ces fêtes).
CORRIGÉ
Les deux traits de caractère qui correspondent à Bouchaïb sont : pieux et sage.
• Pieux : il « loua Dieu pour ses bienfaits » et juge le gaspillage à l'aune de la religion (« Dieu réprouve »).
• Sage : il porte un regard lucide et mesuré sur la société, condamne la démesure et défend la modération.
CORRIGÉ (les deux positions sont acceptées si elles sont justifiées)
Réponse possible 1 — Non, ce n'est pas avantageux : le mariage tardif réduit les chances de fonder une famille et d'avoir des enfants, et peut être source de solitude et de souffrance, comme le montrent ces « filles de trente ans qui se morfondent dans leur désespoir ».
Réponse possible 2 — Oui, il peut être avantageux : se marier plus tard permet d'achever ses études, d'acquérir une maturité et une stabilité financière, et donc de mieux choisir son conjoint et de fonder un foyer sur des bases plus solides.
CORRIGÉ (les deux positions sont acceptées si elles sont justifiées)
Réponse possible 1 — Oui, je partage son avis : dépenser des fortunes pour une seule fête est un gaspillage choquant alors que tant de familles peinent à vivre. Cet argent serait plus utile à aider les pauvres ou à doter les jeunes filles démunies.
Réponse possible 2 — Non (avis nuancé) : chacun est libre de dépenser son argent comme il l'entend ; un grand mariage fait aussi travailler de nombreuses personnes (traiteurs, éleveurs, musiciens) et fait vivre l'économie locale. L'essentiel est de ne pas humilier les pauvres.
De nos jours, célébrer un mariage coûte de plus en plus cher (location de la salle de fêtes, frais du traiteur, orchestre, etc.). Partagez-vous l'idée de consacrer beaucoup d'argent à ce genre de cérémonie ? Développez votre point de vue en le justifiant par des arguments pertinents et des exemples.
Le verbe-clé « Partagez-vous… ? » impose un plan dialectique (thèse / antithèse / synthèse).
• Introduction : le mariage, événement social majeur au Maroc ; le coût croissant des cérémonies ; problématique ; annonce du plan.
• Thèse : oui, un beau mariage se justifie (événement unique, prestige social, joie partagée, soutien à l'économie).
• Antithèse : mais l'excès est néfaste (endettement, gaspillage, exclusion des pauvres, valeurs perdues).
• Conclusion : ce qui compte n'est pas le faste mais le sens ; appel à la modération.
[Introduction] Au Maroc, le mariage est l'un des moments les plus importants de la vie : on l'attend, on le prépare, on le célèbre avec fierté. Mais depuis quelques années, les dépenses qu'il entraîne ne cessent d'augmenter : location de salles, traiteurs, orchestres, robes et bijoux coûtent des fortunes. Faut-il vraiment consacrer autant d'argent à une seule cérémonie ? La question mérite réflexion.
D'un côté, on peut comprendre le désir d'un beau mariage. C'est un événement unique, que l'on ne vit en principe qu'une fois ; il est naturel de vouloir en garder un souvenir inoubliable. La fête réunit les familles, renforce les liens sociaux et marque la reconnaissance de la communauté. Économiquement, un grand mariage fait aussi travailler de nombreuses personnes : éleveurs, pâtissiers, couturières, musiciens, photographes. À cet égard, dépenser pour un mariage, c'est aussi faire circuler l'argent.
Cependant, l'excès est devenu un véritable fléau. Beaucoup de familles s'endettent pour des années afin d'offrir une fête au-dessus de leurs moyens, par simple souci du « qu'en-dira-t-on ». Ce gaspillage est d'autant plus choquant que d'autres peinent à se nourrir : dans Il était une fois un vieux couple heureux, Bouchaïb est profondément choqué par ces mariages où l'on dépense « des centaines de millions » pendant que les filles pauvres « ne se marient plus ». La course au luxe détourne le mariage de son vrai sens : l'union de deux êtres et la fondation d'un foyer.
[Conclusion] Pour ma part, je pense qu'un mariage n'a pas besoin d'être ruineux pour être réussi. Ce qui compte, ce n'est pas le faste, mais la sincérité de la joie et la solidité de l'engagement. Mieux vaut une fête modeste et chaleureuse, suivie d'une vie sereine, qu'une cérémonie somptueuse payée par des années de dettes. La modération, ici comme ailleurs, reste la plus grande des sagesses.
Conformément au cadre référentiel, la production écrite (10 points) est notée selon cinq critères :
| Critère | Points |
|---|---|
| a) Respect de la consigne (sujet traité, type argumentatif, longueur) | 1 pt |
| b) Présentation du texte (alinéas, paragraphes, ponctuation, majuscules) | 1 pt |
| c) Organisation cohérente du texte (plan, connecteurs logiques) | 1 pt |
| d) Importance des idées et pertinence des arguments | 3 pts |
| e) Correction de la langue (orthographe, grammaire, conjugaison, vocabulaire) | 4 pts |
La langue (4 pts) et les idées (3 pts) représentent à elles seules 7 points sur 10. Soigne donc tes arguments et relis-toi attentivement pour traquer les fautes d'accord et d'orthographe.
Cet examen teste : ① la connaissance de l'œuvre (identifier les personnages d'un dialogue, le lieu, le sujet — Q1, Q2) ; ② le repérage des figures de style, en particulier l'hyperbole (Q6) ; ③ la reconnaissance des niveaux de langue et des expressions imagées (Q5) ; ④ l'analyse du caractère d'un personnage justifiée par le texte (Q8). Pour la production écrite, le sujet prolonge directement le thème du texte (le coût des mariages) : pense à réinvestir l'œuvre comme exemple littéraire — c'est très valorisé par le correcteur.