Conte philosophique (1759) — Chez la vieille, retrouvailles avec Cunégonde — Durée : 2 heures — Note : 20 points
Candide ne prit point courage, mais il suivit la vieille dans une masure (1) : elle lui donna un pot de pommade pour se frotter, lui laissa à manger et à boire ; elle lui montra un petit lit assez propre ; il y avait auprès du lit un habit complet. « Mangez, buvez, dormez, lui dit-elle, je reviendrai demain. » Candide, toujours étonné de tout ce qu'il avait vu, de tout ce qu'il avait souffert, et encore plus de la charité de la vieille, voulut lui baiser la main. « Ce n'est pas ma main qu'il faut baiser, dit la vieille ; je reviendrai demain. Frottez-vous de pommade, mangez et dormez. »
Candide, malgré tant de malheurs, mangea et dormit. Le lendemain la vieille lui apporte à déjeuner, visite son dos, le frotte elle-même d'une autre pommade ; elle lui apporte ensuite à dîner ; elle revient sur le soir et apporte à souper. Le surlendemain elle fit encore les mêmes cérémonies. « Qui êtes-vous ? lui disait toujours Candide ; qui vous a inspiré tant de bonté ? Quelles grâces puis-je vous rendre ? » La bonne femme ne répondait jamais rien ; elle revint sur le soir, et n'apporta point à souper « Venez avec moi, dit-elle, et ne dites mot. » Elle le prend sous le bras, et marche avec lui dans la campagne environ un quart de mille ils arrivent à une maison isolée, entourée de jardins et de canaux. La vieille frappe à une petite porte. On ouvre. Candide croyait rêver, et regardait toute sa vie comme un songe funeste (2), et le moment présent comme un songe agréable.
La vieille reparut bientôt ; elle soutenait avec peine une femme tremblante, d'une taille majestueuse, brillante de pierreries, et couverte d'un voile. « Ôtez ce voile », dit la vieille à Candide. Le jeune homme approche ; il lève le voile d'une main timide. Quel moment ! Quelle surprise ! Il croit voir mademoiselle Cunégonde ; il la voyait en effet, c'était elle-même. La force lui manque, il ne peut proférer une parole, il tombe à ses pieds. Cunégonde tombe sur le canapé.
(1) Masure : maison en mauvais état. — (2) Funeste : tragique, qui rend profondément triste.
— Voltaire, Candide, chapitre VII (1759)
CORRIGÉ
| Titre | Auteur | Genre | Personnage principal |
|---|---|---|---|
| Candide ou l'Optimisme | Voltaire | Conte philosophique | Candide |
a) Il s'est moqué du baron de Thunder-ten-tronckh.
b) Il a volé les bijoux de la baronne.
c) Il a embrassé la fille du baron.
CORRIGÉ
La bonne proposition est : c) Il a embrassé la fille du baron.
Au chapitre I, Candide est surpris embrassant Cunégonde derrière un paravent ; le baron, furieux qu'un homme du peuple ose toucher à sa fille, le chasse aussitôt du château à grands coups de pied dans le derrière.
CORRIGÉ
Deux phrases au choix :
On peut aussi citer : « Le lendemain la vieille lui apporte à déjeuner, visite son dos, le frotte elle-même d'une autre pommade ».
a) Choisissez la bonne réponse. b) Justifiez par une phrase tirée du texte.
CORRIGÉ
a) Candide se montre reconnaissant.
b) Justification :
On peut aussi citer : « voulut lui baiser la main », geste de profonde gratitude.
CORRIGÉ
Deux indices au choix parmi : « d'une taille majestueuse », « brillante de pierreries », « couverte d'un voile ».
Tous ces termes appartiennent au champ lexical de la beauté noble et précieuse ; ils donnent à Cunégonde l'allure d'une princesse de conte.
CORRIGÉ
Tous deux réagissent par une émotion violente qui les fait s'évanouir. Candide « ne peut proférer une parole, il tombe à ses pieds » ; Cunégonde « tombe sur le canapé ».
Cette scène stéréotypée parodie les retrouvailles des romans sentimentaux de l'époque : Voltaire s'en moque en exagérant les évanouissements.
CORRIGÉ
Candide affirma que la vieille l'avait pris sous sa protection.
Suppression des guillemets ; introduction par la conjonction « que » ; concordance des temps : « a pris » (passé composé) → « avait pris » (plus-que-parfait) ; le pronom « m' » devient « l' ».
a) Quelle est la figure de style employée ? b) On insiste sur le bonheur / le malheur / l'indifférence de Candide ?
CORRIGÉ
a) Il s'agit d'une comparaison (le moment présent est comparé à un songe agréable au moyen du mot-outil « comme »).
b) Cette figure insiste sur le bonheur de Candide. Après tant de malheurs, retrouver Cunégonde lui paraît si beau qu'il a l'impression de rêver.
CORRIGÉ
L'attitude de la vieille est admirable et exemplaire : aider un inconnu blessé sans attendre rien en retour relève d'une véritable générosité et d'un sens profond de l'humanité. Dans un monde dominé par l'égoïsme, son comportement nous rappelle que la solidarité est une valeur essentielle qui n'a pas besoin de raisons pour s'exercer.
CORRIGÉ
Cette réaction traduit l'intensité du choc émotionnel : après avoir cru l'autre mort, se retrouver soudainement bouleverse à un point tel que le corps ne supporte plus l'émotion. Cependant, le procédé peut sembler exagéré et ridicule : Voltaire, en accumulant les évanouissements, fait sans doute la parodie des scènes sentimentales des romans à la mode au XVIIIe siècle.
Beaucoup de personnes pensent que les valeurs, comme la solidarité, la générosité, la tolérance… disparaissent, de plus en plus, dans notre société. Partagez-vous cette opinion ? Rédigez un texte dans lequel vous développerez votre point de vue à l'aide d'arguments et d'exemples.
• Introduction : constat de la « disparition » supposée des valeurs ; problématique ; annonce du plan.
• Thèse : oui, certaines valeurs reculent (individualisme, écrans, matérialisme, indifférence).
• Antithèse : mais elles sont bien vivantes (séisme d'Al Haouz, COVID-19, associations, Ramadan, exemples littéraires).
• Conclusion : les valeurs ne disparaissent pas, elles changent de forme ; rôle de l'éducation.
[Introduction] « Notre monde devient froid, les gens ne se soucient plus les uns des autres. » On entend cette plainte presque chaque jour. Les valeurs humaines — solidarité, générosité, tolérance — seraient en voie de disparition. Est-ce vraiment le cas ? Pour ma part, je crois que ces valeurs ne meurent pas : elles changent simplement de visage.
D'abord, il faut reconnaître qu'un certain recul est visible. L'individualisme s'est installé partout ; chacun court derrière ses propres intérêts, son téléphone à la main, indifférent au voisin qui souffre. Les réseaux sociaux provoquent jalousie, comparaison et solitude. La course à l'argent a pris la place du « vivre ensemble ».
Cependant, la générosité est bien vivante. Le récent séisme d'Al Haouz l'a prouvé : des milliers de Marocains ont parcouru des kilomètres pour porter aide aux sinistrés. Pendant la pandémie de Covid-19, des jeunes faisaient les courses pour leurs voisins âgés. Même dans la littérature, on retrouve ces gestes purs : dans Candide, une vieille femme prend soin du héros sans le connaître, simplement parce qu'il est dans le besoin. Cette image traverse les siècles parce qu'elle correspond à quelque chose d'éternel dans l'homme.
[Conclusion] En définitive, je ne partage pas l'opinion selon laquelle les valeurs disparaissent. Elles sont moins visibles dans le quotidien bruyant, mais elles ressurgissent toujours quand la vie nous met à l'épreuve. Le rôle des familles et de l'école est de les transmettre activement, afin que la prochaine génération les considère non comme des reliques du passé, mais comme la respiration même de la société.
Sur ce sujet, attention à trois pièges : ① nommer correctement la figure de style (ici comparaison, pas métaphore) en repérant le mot-outil ; ② appliquer rigoureusement la concordance des temps au passage du discours direct au discours indirect ; ③ pour la production, nuancer systématiquement la thèse adverse au lieu de la nier en bloc — le correcteur valorise la réflexion équilibrée.