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⁕ Examen régional officiel ⁕ Académie Rabat-Salé-Kénitra ⁕ 2022 — Session normale ⁕

Candide — La scène des galères

Voltaire — Conte philosophique (1759) — Chapitre XXVII — Durée : 2 heures — Note : 20 points

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Texte support

Il y avait dans la chiourme deux forçats qui ramaient fort mal, et à qui le levanti patron appliquait de temps en temps quelques coups de nerf de bœuf sur leurs épaules nues ; Candide, par un mouvement naturel, les regarda plus attentivement que les autres galériens, et s'approcha d'eux avec pitié. Quelques traits de leurs visages défigurés lui parurent avoir un peu de ressemblance avec Pangloss et avec ce malheureux jésuite, ce baron, ce frère de mademoiselle Cunégonde. Cette idée l'émut et l'attrista. Il les considéra encore plus attentivement. « En vérité, dit-il à Cacambo, si je n'avais pas vu pendre maître Pangloss, et si je n'avais pas eu le malheur de tuer le baron, je croirais que ce sont eux qui rament dans cette galère. »

Au nom du baron et de Pangloss les deux forçats poussèrent un grand cri, s'arrêtèrent sur leur banc, et laissèrent tomber leurs rames. Le levanti patron accourait sur eux, et les coups de nerf de bœuf redoublaient. « Arrêtez ! arrêtez ! seigneur, s'écria Candide ; je vous donnerai tant d'argent que vous voudrez. — Quoi ! c'est Candide ! disait l'un des forçats. — Quoi ! c'est Candide ! disait l'autre. — Est-ce un songe ? dit Candide ; veille-je ? […] Eh ! monsieur le levanti patron, dit Candide, combien voulez-vous d'argent pour la rançon de M. de Thunder-ten-tronckh, un des premiers barons de l'empire, et de monsieur Pangloss, le plus profond métaphysicien d'Allemagne ? — Chien de chrétien, répondit le levanti patron, puisque ces deux chiens de forçats chrétiens sont des barons et des métaphysiciens, ce qui est sans doute une grande dignité dans leur pays, tu m'en donneras cinquante mille sequins. — Vous les aurez, monsieur ; remmenez-moi comme un éclair à Constantinople, et vous serez payé sur-le-champ. Mais non, menez-moi chez mademoiselle Cunégonde. » Le levanti patron, sur la première offre de Candide, avait déjà tourné la proue vers la ville, et il faisait ramer plus vite qu'un oiseau ne fend les airs.

— Voltaire, Candide, chapitre XXVII (1759)

I

Étude de texte (10 points)

① Complétez le tableau suivant : (1 pt)

CORRIGÉ

TitreAuteurGenreSiècle
Candide ou l'OptimismeVoltaireConte philosophiqueXVIIIe siècle (1759)

② Situez le passage par rapport à l'œuvre d'où il est extrait. (1 pt)

CORRIGÉ

Le passage se situe vers la fin de l'œuvre, au chapitre XXVII. Après avoir parcouru l'Europe et l'Amérique (Eldorado, Surinam, Bordeaux, Venise…), Candide se rend en Turquie sur les conseils de Cacambo, qui lui apprend que Cunégonde a été vendue comme esclave à Constantinople. À bord d'une galère qui les mène à la Propontide, Candide reconnaît parmi les forçats le baron de Thunder-ten-tronckh et Pangloss, qu'il croyait morts. Il les rachète aussitôt au levanti patron.

③ Répondez par vrai ou faux. (0,25 × 4)

CORRIGÉ

ÉnoncéRéponse
Les deux forçats se trouvaient dans une galère.Vrai
Les deux forçats qui ramaient fort mal étaient Cacambo et Martin.Faux (c'étaient le baron et Pangloss)
Les deux forçats ont reconnu Candide.Vrai
Candide a promis de racheter les deux forçats.Vrai

④ Relevez dans le texte deux indices qui montrent que les deux galériens sont maltraités. (0,5 × 2)

CORRIGÉ

Le levanti patron appliquait de temps en temps quelques coups de nerf de bœuf sur leurs épaules nues.
Le levanti patron accourait sur eux, et les coups de nerf de bœuf redoublaient.

On peut aussi citer : « leurs visages défigurés ».

⑤ Quel est le sentiment éprouvé par le personnage principal en regardant les deux forçats ? (1 pt)

CORRIGÉ

Candide éprouve un sentiment de pitié (ou compassion).

Candide, par un mouvement naturel, les regarda plus attentivement que les autres galériens, et s'approcha d'eux avec pitié.

Plus loin, le narrateur ajoute que cette idée « l'émut et l'attrista ».

⑥ « Cette idée l'émut et l'attrista ». De quelle idée s'agit-il ? (1 pt)

CORRIGÉ

Il s'agit de l'idée que ces deux forçats pourraient être Pangloss et le baron de Thunder-ten-tronckh, deux êtres chers que Candide croyait morts.

En effet, leurs visages défigurés rappellent à Candide ces deux personnages : « Quelques traits de leurs visages défigurés lui parurent avoir un peu de ressemblance avec Pangloss et avec ce malheureux jésuite, ce baron ». Cette ressemblance le bouleverse, car elle ravive le souvenir douloureux de ses amis disparus.

⑦ La tonalité dominante dans le premier paragraphe est : (1 pt)

☐ Comique   ☐ Pathétique   ☐ Épique

CORRIGÉ

La bonne réponse est : ☑ Pathétique.

Le premier paragraphe suscite la pitié du lecteur : on y voit des hommes maltraités, défigurés, frappés à coups de nerf de bœuf. Le vocabulaire (défigurés, malheureux, pitié, attrista) appartient au registre pathétique, qui vise à émouvoir.

⑧ « Le levanti patron faisait ramer plus vite qu'un oiseau ne fend les airs ». Quelle est la figure de style employée ? (1 pt)

CORRIGÉ

Il s'agit d'une comparaison (introduite par « plus … que »).

Le levanti patron fait ramer ses galériens (comparé) avec une rapidité telle qu'on la met en parallèle avec le vol d'un oiseau (comparant). L'image souligne la vitesse extrême imposée aux forçats et indirectement la cupidité du patron, pressé d'aller toucher la rançon promise.

⚑ Remarque

On pourrait aussi y voir une légère exagération (hyperbole) à valeur ironique : un bateau ne peut évidemment pas aller plus vite qu'un oiseau.

⑨ Comment peut-on qualifier le caractère du levantin patron dans le texte ? Justifiez. (1 pt)

CORRIGÉ

Le levantin patron est à la fois cruel et cupide (avide d'argent).

Cruel : il frappe les forçats à coups de nerf de bœuf sans raison apparente, et redouble ses coups quand ils s'arrêtent — « les coups de nerf de bœuf redoublaient ». Il les insulte aussi : « Chien de chrétien ».

Cupide : dès qu'il entend parler d'argent, il accepte sans hésiter de céder ses esclaves pour « cinquante mille sequins » et change immédiatement de cap pour aller toucher la rançon : « sur la première offre de Candide, [il] avait déjà tourné la proue vers la ville ».

⑩ Autrefois, les prisonniers étaient condamnés à ramer sur un bateau (galère). Êtes-vous d'accord avec ce type de punition ? Justifiez. (1 pt)

CORRIGÉ

Non, je ne suis absolument pas d'accord avec ce type de punition.

Condamner un homme à ramer enchaîné jusqu'à l'épuisement, sous les coups, est une forme de torture inhumaine et dégradante. Une véritable justice ne doit pas chercher à détruire le corps et l'âme du condamné, mais à le sanctionner avec mesure et, si possible, à l'aider à se réinsérer. Les conventions internationales sur les droits de l'homme interdisent aujourd'hui de telles pratiques, et c'est un progrès essentiel de la civilisation.

II

Production écrite (10 points)

SUJET

Candide a toujours apporté de l'aide aux personnes qui en avaient besoin. De nos jours, l'entraide et la solidarité commencent à se dissiper (disparaître). Quelles en sont, à votre avis, les causes et comment pourrait-on conserver cette valeur sociale si importante pour le vivre ensemble ? Rédigez un texte argumentatif dans lequel vous développez votre réflexion de manière structurée et cohérente.

⚑ Plan recommandé

Introduction : la solidarité, valeur ancestrale et littéraire ; constat d'affaiblissement ; deux axes à explorer (causes / solutions).
Partie I — Les causes : individualisme, urbanisation, matérialisme, écrans, peur de l'autre.
Partie II — Les solutions : éducation, bénévolat, médias responsables, exemple personnel, valorisation des gestes solidaires.
Conclusion : la solidarité, ciment du vivre-ensemble ; responsabilité collective et individuelle.

PROPOSITION DE CORRIGÉ

[Introduction] Dans Candide, le héros n'hésite jamais à secourir ceux qu'il rencontre dans le besoin : il rachète Pangloss et le baron des galères, il aide la vieille, il donne à Cacambo. À travers ce personnage, Voltaire rappelle que l'entraide est une valeur essentielle. Pourtant, dans notre société moderne, beaucoup déplorent que la solidarité recule. Quelles en sont les causes et comment pouvons-nous préserver cette valeur ?

Plusieurs raisons expliquent ce recul. La première est l'individualisme : on apprend dès l'enfance à se battre pour soi, à ne pas s'encombrer du voisin. L'urbanisation a transformé les villes en lieux anonymes où l'on peut habiter dix ans sans connaître le prénom de son voisin de palier. Le matérialisme joue aussi un grand rôle : la course à l'argent fait passer la solidarité après les profits. À cela s'ajoutent les écrans, qui isolent, et la peur de l'inconnu, qui pousse au repli.

Heureusement, il est possible d'inverser cette tendance. La première solution est l'éducation : les enfants doivent apprendre que partager n'est pas perdre, mais grandir. Ensuite, il faut encourager le bénévolat et les associations. Les médias et les réseaux sociaux peuvent aussi valoriser les gestes solidaires, comme on l'a vu lors du séisme d'Al Haouz ou pendant le Covid-19. Enfin, chacun peut commencer par son entourage immédiat : rendre visite à un voisin âgé, aider un camarade. Les petits gestes, multipliés, font les grandes sociétés.

[Conclusion] La solidarité n'est pas un luxe : c'est le ciment qui maintient les hommes ensemble. La perdre, c'est perdre notre humanité même. Heureusement, comme Candide qui s'émeut devant les forçats et leur tend la main, chacun garde en lui cette capacité d'aider. À nous de la cultiver, partout, chaque jour.

Points méthodologiques à retenir

Ce sujet exige une lecture fine du sentiment exprimé (pitié, émotion, attristement — Q5 et Q6). Attention aux questions de tonalité (Q7) : identifier le registre suppose de relever le vocabulaire dominant. Pour la Q9 (caractère du personnage), il faut nommer deux traits et justifier chacun par une citation différente. Pour la production, le sujet en deux temps (causes / solutions) doit guider la structure : c'est un plan analytique, pas dialectique.