Mohammed Khaïr-Eddine — Roman (2002) — Le vieux Bouchaïb face aux enfants des MRE — Durée : 2 heures — Note : 20 points
Nous ne risquons plus rien, nous autres. Nous avons mieux vécu que ces s‑parents qui ont semé à tout‑va sans savoir où cela pourrait les mener. Beaucoup s'en sont mordus les doigts. N'a pas une bonne progéniture qui veut. « Allons chercher les petits os des vieux », ont dit ces chenapans en courant dans le cimetière et en donnant des coups de pied dans les tertres. Du jamais‑vu ! Ils n'ont ! Même pas peur de la mort, et encore moins de ses symboles ! Ils se conduisent tout à fait comme des charognards. Je me demande ce qu'on leur apprend là‑bas dans les écoles.
Cette bande d'enfants venus de France pour seulement un mois de vacances et pour connaître le village de leur père était mal vue par les autochtones. Elle était turbulente et ne comprenait pas l'idiome local. Il n'y avait entre ces gamins et les gens aucune communication. En outre, ils causaient des déprédations au préjudice des cultivateurs. Ils arrachaient des fruits, des tomates, des aubergines sans aucun discernement… et ils emportaient cela comme un butin de guerre. Le plus âgé avait à peine quatorze ans. C'était lui le meneur : « Je connais la tombe à grand‑mère. Allons‑y ! Je prendrai un petit os comme ça (il montra son pouce) comme souvenir. Je le mettrai dans un tube de verre comme une relique. J'ai déjà vu ça dans les églises. » Ils se rendirent donc au cimetière et ils se mirent aussitôt à gratter les tertres avec des bouts de bois. À ce moment‑là, le vieux Bouchaïb passait dans les parages. Ils le regardèrent effrontément sans cesser de fouiller… Le Vieux les maudit cent fois, lui que le nom seul du cimetière effrayait lorsqu'il était enfant. Il ne s'arrêta pas et ne leur dit rien. D'ailleurs, ils parlaient une langue étrangère. Une langue qu'il comprenait à peine. Une langue de démon sans doute. Ça n'était pas le français qu'il avait baragouiné à la caserne ni celui parlé par les épiciers de Casablanca. C'était le langage obscur d'un autre monde, une sorte d'argot en somme. « Est‑ce que leurs parents les comprennent, au moins ? S'était‑il demandé. Je n'en suis pas si sûr. »
— Mohammed Khaïr-Eddine, Il était une fois un vieux couple heureux (2002)
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| Auteur | Titre | Genre | Autre œuvre du même auteur |
|---|---|---|---|
| Mohammed Khaïr-Eddine | Il était une fois un vieux couple heureux | Roman | Agadir (ou Légende et vie d'Agoun'chich, Le Déterreur) |
a) Les évènements de l'œuvre se déroulent au 19e siècle.
b) Le lieu principal des événements est le Nord du Maroc.
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a) Faux — les évènements se déroulent à la fin du 20e siècle (années 1990, après l'Indépendance, à l'époque de la radio et des cassettes).
b) Faux — l'action se déroule dans un village berbère du Sud marocain, dans l'Anti-Atlas (région du Souss), et non au Nord.
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Le vieux Bouchaïb porte un jugement nettement dévalorisant sur ces enfants.
Les termes charognards, chenapans sont fortement péjoratifs : ils traduisent son mépris et son indignation.
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Non, ces enfants ne communiquent pas du tout avec les habitants du village.
L'obstacle linguistique (ils ne parlent pas le berbère du village) les coupe entièrement des autochtones.
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Deux expressions au choix :
On peut aussi citer : « Ils arrachaient des fruits, des tomates, des aubergines sans aucun discernement » ou « Ils emportaient cela comme un butin de guerre ».
• N'a pas une bonne récolte. • N'a pas une bonne descendance. • N'a pas une bonne compagnie.
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La bonne réponse est : « N'a pas une bonne descendance ».
Le mot progéniture désigne l'ensemble des enfants d'une personne, c'est-à-dire sa descendance.
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Cette phrase appartient au niveau de langue familier.
Deux indices le confirment : le pronom « Ça » à la place de « Cela », et le verbe « baragouiné » (familier : parler mal une langue).
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La figure de style employée est l'énumération (ou accumulation).
L'auteur juxtapose plusieurs éléments de même nature (fruits, tomates, aubergines) pour insister sur la quantité des dégâts et sur le caractère désordonné, presque compulsif, du pillage.
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Le comportement de cet enfant est profondément choquant et irrespectueux. Profaner la tombe de sa propre grand-mère pour en arracher un os « comme souvenir » révèle une absence totale de respect pour les morts, de pudeur religieuse et de mémoire familiale. Cela témoigne aussi de l'échec de l'éducation reçue loin de ses racines.
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Oui. Apprendre la langue d'origine est d'abord un moyen essentiel de préserver l'identité et de garder un lien vivant avec la famille et le pays. C'est aussi une véritable richesse culturelle : maîtriser deux langues et deux cultures est un atout intellectuel et professionnel considérable. Enfin, cela évite les situations douloureuses comme celles décrites par Khaïr-Eddine dans ce passage, où la barrière de la langue empêche toute transmission entre le vieux Bouchaïb et les jeunes visiteurs.
« Vivre à l'étranger est une occasion pour assurer un avenir meilleur. » Qu'en pensez-vous ? Rédigez un texte dans lequel vous présenterez votre point de vue en vous basant sur des arguments et des exemples précis.
• Introduction : l'émigration, un phénomène marocain ancien ; reformulation de la thèse ; annonce du plan.
• Thèse : oui, vivre à l'étranger ouvre des perspectives (opportunités économiques, éducation, ouverture culturelle, soutien à la famille).
• Antithèse : mais l'émigration a ses revers (déracinement, perte d'identité, racisme, précarité).
• Conclusion : ni paradis ni malédiction ; appel au développement du pays d'origine.
[Introduction] Depuis plusieurs décennies, des milliers de Marocains quittent leur pays dans l'espoir de bâtir une vie meilleure ailleurs. Beaucoup considèrent l'émigration comme la voie la plus sûre vers la réussite. Mais vivre à l'étranger est-il vraiment la garantie d'un avenir meilleur ? La question mérite d'être nuancée.
D'abord, il est vrai que l'émigration offre de réelles opportunités. Sur le plan économique, les pays d'accueil proposent souvent des emplois mieux rémunérés et une protection sociale plus développée. Sur le plan éducatif, les universités européennes ou nord-américaines donnent accès à des formations de pointe : combien de médecins et d'ingénieurs marocains doivent leur carrière à un séjour à l'étranger ? Enfin, les transferts d'argent des MRE soutiennent une part importante de notre économie nationale.
Cependant, la vie à l'étranger n'est pas un paradis. Le déracinement est une douleur silencieuse : on quitte sa langue, ses odeurs, ses fêtes. Les enfants paient souvent le prix le plus élevé ; ils risquent de perdre leurs repères culturels, comme le montre Khaïr-Eddine dans Il était une fois un vieux couple heureux, où des enfants nés en France ne parlent plus l'idiome de leur village et n'éprouvent plus aucun respect pour les coutumes de leurs ancêtres. S'ajoutent les difficultés concrètes : racisme, papiers administratifs incertains, solitude.
[Conclusion] Pour ma part, je pense que l'émigration peut être une chance, à condition d'être lucide. Elle profite à celui qui part avec un projet précis et qui garde un lien fort avec ses racines, mais devient une fuite douloureuse pour celui qui croit y trouver un eldorado tout fait. La meilleure solution, à long terme, serait que notre pays offre lui-même à ses jeunes les conditions d'un avenir digne, afin que partir devienne un choix et non une nécessité.
Ce sujet illustre trois compétences essentielles : ① savoir justifier une réponse par citation directe du texte (questions 3, 4, 5) ; ② identifier précisément figures de style et niveaux de langue (questions 7, 8) ; ③ pour la production écrite, construire un raisonnement thèse / antithèse / synthèse nourri d'exemples concrets tirés de la réalité marocaine (séisme d'Al Haouz, COVID-19, MRE…) ou des œuvres au programme.