Mohammed Khaïr-Eddine — Roman (2002) — Dialogue sur la cassette et les violences conjugales — Durée : 2 heures — Note : 20 points
— La cassette est une bonne invention.
— Oui, oui, dit le Vieux, un peu agacé. Mais savoir lire et écrire, c'est mille fois mieux. On comprend mieux la poésie, on ne rate presque rien. On prend plus de plaisir à lire qu'à écouter un poème… Mais ce n'est que mon avis. Un avis qui en vaut un autre.
— En tout cas, tu m'as rendue heureuse. Je suis vieille mais heureuse de vivre ces événements en ta compagnie. J'ai toujours su que tu cachais une grande âme. C'est pourquoi je n'ai jamais souffert avec toi. Il n'y a qu'à écouter ce que disent les autres femmes pour comprendre. Elles en veulent toutes à leur conjoint. Il a toujours quelque chose à se reprocher, celui-là. Il les bat, les maltraite, ne leur achète rien sauf un vêtement et des souliers de temps en temps, et il exige d'elles une parfaite perfection. Qu'elles soient des anges, quoi ! Moi, je n'ai jamais eu à me plaindre de toi.
— Moi non plus, dit le Vieux. Mais j'ai constaté une chose : le riche ne bat pas sa femme, seul le misérable bat la sienne. Sais-tu pourquoi ?
— Non, répondit la vieille.
— Eh bien, le riche n'a aucune raison de se comporter comme une brute. Le misérable lui, a toutes les raisons du monde et de l'enfer d'agir comme tel. Quand il bat sa femme, il croit qu'il bat la misère. Sa femme, à la longue, finit par incarner la misère, alors il la bat pour s'en délivrer.
— Pour se délivrer de sa femme ? dit la vieille.
— Non, de la misère, alors qu'il est lui-même cette omniprésente misère qu'il voit autour de lui mais pas en lui. Une misère qui lui colle à la peau sans qu'il puisse s'en défaire. Pauvre diable ! Ces gens-là sont à plaindre car ce sont souvent des victimes qui ne se défendent pas. Ils se complaisent dans leur rôle subalterne : obséquieux, sournois, futiles… On leur applique toutes les épithètes dégradantes et ils s'en accommodent. Oui, on finit par s'habituer à sa condition, et même par l'aimer.
Subalterne : inférieur et médiocre. — Obséquieux : flatteur. — Sournois : trompeur.
— Mohammed Khaïr-Eddine, Il était une fois un vieux couple heureux (2002)
CORRIGÉ
| Auteur | Titre | Genre littéraire | Date de publication |
|---|---|---|---|
| Mohammed Khaïr-Eddine | Il était une fois un vieux couple heureux | Roman | 2002 |
a) Le vieux accepte la diffusion audiovisuelle de son œuvre.
b) La vieille est fière d'apprendre à la radio que son mari est un grand poète.
CORRIGÉ
a) Faux — le vieux Bouchaïb n'a jamais souhaité que ses poèmes soient diffusés à la radio ou enregistrés sur cassette. Il préfère la transmission orale traditionnelle et la lecture personnelle.
b) Vrai — la vieille a découvert grâce à la radio que son mari était un grand poète reconnu, ce qui la rend heureuse et fière : « Tu m'as rendue heureuse… J'ai toujours su que tu cachais une grande âme. »
CORRIGÉ
Le vieux est agacé parce qu'il considère que la cassette ne remplace pas la lecture. Pour lui, lire reste de loin supérieur à écouter :
La cassette, en répandant la poésie sans effort, lui fait perdre une partie de sa profondeur : on entend, mais on ne médite plus. Bouchaïb défend la valeur de la lecture savante et patiente.
CORRIGÉ
Oui, Bouchaïb et sa femme s'entendent très bien : ils forment un couple harmonieux qui se respecte mutuellement.
Le vieux, de son côté, partage de longues conversations avec elle, l'écoute, lui répond avec patience.
CORRIGÉ
Les femmes du village se plaignent de leurs maris pour deux raisons principales :
• Les violences conjugales et les mauvais traitements : « Il les bat, les maltraite ».
• L'avarice et l'oubli des besoins de la femme : « il ne leur achète rien sauf un vêtement et des souliers de temps en temps ».
On peut ajouter les exigences excessives de ces maris qui attendent de leurs femmes « une parfaite perfection ».
CORRIGÉ
Selon le vieux, le misérable bat sa femme par projection de sa propre misère. Sa femme finit, à force, par « incarner la misère » à ses yeux ; en la battant, il croit battre la misère elle-même :
Le pauvre devient ainsi le bourreau de plus pauvre que lui : ne pouvant s'attaquer à la véritable cause de son malheur (la pauvreté), il se venge sur le plus faible — sa femme.
CORRIGÉ
Le vieux a dit que le riche ne battait pas sa femme, que seul le misérable battait la sienne.
Suppression des guillemets ; ajout de la conjonction « que » ; concordance des temps : présent « bat » → imparfait « battait » (parce que le verbe introducteur « a dit » est au passé).
a) une métaphore b) une comparaison c) une hyperbole
CORRIGÉ
La bonne réponse est : c) une hyperbole.
L'expression « mille fois mieux » est une exagération volontaire : il ne s'agit pas littéralement de mille fois, mais d'une amplification destinée à souligner la supériorité écrasante de la lecture et de l'écriture sur la simple écoute.
CORRIGÉ
Non, je ne partage que partiellement cette vision.
Certes, son analyse psychologique est intéressante : la pauvreté et la frustration sociale poussent parfois les hommes faibles à se défouler sur les plus vulnérables. Mais la violence conjugale n'est pas un monopole des pauvres : les enquêtes montrent qu'elle existe dans tous les milieux. Un homme riche peut aussi battre sa femme par jalousie, par alcoolisme, par autoritarisme ou par éducation patriarcale. La cause profonde n'est pas l'argent, mais l'absence de respect et l'éducation défaillante. Aucune misère ne justifie de lever la main sur une femme.
CORRIGÉ
Le respect est une condition essentielle du bonheur conjugal, mais il ne suffit pas à lui seul.
Sans respect, aucune relation ne peut durer : les insultes, les humiliations détruisent l'amour le plus solide. Le respect mutuel garantit la dignité, la confiance et la sécurité. Cependant, pour qu'un couple soit véritablement heureux, il faut aussi l'amour, la communication, le partage des responsabilités, la fidélité, et la capacité à pardonner. Le respect sans tendresse risque de produire une vie commune froide ; l'amour sans respect produit la souffrance. Les deux doivent aller ensemble, comme chez Bouchaïb et sa femme.
La femme de Bouchaïb est toujours d'accord avec lui, raison peut-être pour laquelle le couple vit en parfaite harmonie. Une femme doit-elle être toujours de l'avis de son mari ? Rédigez un texte argumentatif dans lequel vous développez votre point de vue en l'appuyant par des arguments pertinents et des exemples précis.
• Introduction : la « bonne épouse » traditionnelle qui obéit ; exemple du couple de Khaïr-Eddine ; problématique.
• Thèse : non, la femme ne doit pas toujours être d'accord (égalité, débat enrichissant, accord forcé = silence dangereux).
• Antithèse : un excès de désaccord use le couple (parfois céder pour la paix).
• Synthèse : ce qui crée l'harmonie n'est pas l'accord systématique mais le dialogue respectueux.
• Conclusion : la femme n'est pas un écho mais une partenaire.
[Introduction] Dans Il était une fois un vieux couple heureux, la femme de Bouchaïb partage souvent l'avis de son mari et le couple vit en parfaite harmonie. Cette image pourrait laisser penser que, pour être heureux, une épouse doit toujours être de l'avis de son mari. Mais cette soumission permanente est-elle vraiment la clé du bonheur conjugal ? Je crois que non.
Tout d'abord, la femme n'est ni l'ombre ni l'écho de son mari. Elle est un être humain à part entière, doté de raison et d'expérience. Vouloir qu'elle pense exactement comme son mari, c'est lui refuser sa dignité. Au sein d'un couple moderne, fondé sur l'égalité, la femme a le devoir d'exprimer son opinion : combien de décisions familiales — l'achat d'un logement, l'éducation des enfants — gagnent à être discutées à deux ?
Ensuite, un accord apparent peut cacher un grand silence intérieur. Beaucoup de femmes semblent toujours acquiescer à leur mari : non par conviction, mais par peur, par habitude ou par résignation. Ce silence n'est pas l'harmonie : c'est une bombe à retardement. Tôt ou tard, la frustration éclate en tristesse, en maladie, ou même en rupture.
Cependant, un excès de désaccord use l'amour. Il faut savoir aussi céder, écouter, faire des compromis. C'est sans doute ce que fait la femme de Bouchaïb : ce n'est pas qu'elle approuve aveuglément, c'est qu'elle a appris à dialoguer plutôt qu'à imposer. Elle s'oppose d'ailleurs gentiment au vieux à propos de la cassette : « La cassette est une bonne invention », dit-elle, et il l'écoute.
[Conclusion] Une femme ne doit pas être toujours de l'avis de son mari ; elle doit être de son côté, ce qui est différent. Elle peut le soutenir dans l'épreuve sans approuver toutes ses idées, l'aimer sans renoncer à elle-même. Le vrai bonheur conjugal naît de la rencontre respectueuse de deux esprits libres.
Ce sujet teste : ① la compréhension fine du raisonnement de Bouchaïb (Q6) — il ne suffit pas de paraphraser, il faut expliquer la logique psychologique ; ② le discours indirect avec concordance des temps (Q7) ; ③ la distinction nette entre métaphore, comparaison et hyperbole (Q8). Pour la production, n'hésite pas à nuancer ta position et à citer le texte dans ton développement : c'est très valorisé.